Ça a pris un peu de temps, mais on a fini par se mettre d’accord dans les grandes lignes sur un prix pour le lot complet. Il reste quelques points à régler mais on va en discuter tranquillement demain à son bureau. J’aimerais aussi avoir l’avis de Dimítrios avant de m’engager.
Le soir est en train de tomber quand je retourne à l’hôtel, un peu euphorique. J’ai l’impression que les planètes sont en train de s’aligner. L’angoisse qui me pesait en arrivant s’est bien dissipée. Dimítrios m’a un peu rassuré. Malgré tout, je ne suis pas si confiant que lui sur la question de Giórgos, mais il va falloir faire avec.
Maintenant que mon projet commence à prendre forme, je suis remonté à bloc et je ne me vois pas passer la soirée dans ma chambre. Après Marina ce midi, il est temps d’aller dîner en ville ou même de m’arrêter à l’Azure voir si Katerína s’y trouve.
Je décide d’y aller à pied. Après tout, il n’y a guère que 800 mètres à faire en longeant la plage jusqu’à Livádi. En chemin, je passe devant le Calma. En approchant, je m’abrite quelques secondes derrière un arbre, le temps de m’assurer que le terrain est libre. Je ne veux pas tomber sur Giórgos et sa bande de potes. Mais la terrasse est pratiquement vide, tout comme la plage.
En arrivant à la hauteur de l’Azure, je commence à douter que ce soit une si bonne idée que ça. Je me dis que Katerína m’en veut peut-être toujours autant et qu’elle va m’écharper dès qu’elle me verra. Je me souviens encore de la gifle qu’elle m’a assénée en découvrant que je couchais avec sa sœur et je n’ai aucune envie qu’elle remette ça. Il fait nuit maintenant, alors je reste dans l’ombre, du côté de la plage. C’est l’heure calme pour l’Azure, surtout en cette saison, mais il y a tout de même quelques clients.
J’essaie d’apercevoir Katerína à sa place habituelle. La table tout au fond, à côté du bar, d’où elle peut observer ce qui se passe sur la terrasse et surveiller ce que font ses employés. Quelqu’un y est assis et, à en juger par sa silhouette, il me semble bien qu’il s’agit d’une femme, mais je suis incapable de dire si c’est elle. Il faudrait que je m’approche.
Je m’avance de quelques pas, mais au moment d’arriver en face de l’entrée et de me retrouver dans la lumière, je me dégonfle et je rebrousse chemin. Je ne suis pas encore prêt.
Je suis en train de baiser Eléni. Elle est allongée sur le dos, les cuisses repliées sur la poitrine, pendant que, à genoux entre ses jambes, je vais et je viens en elle. Elle me sourit en me regardant dans les yeux, jusqu’à ce que la montée du plaisir ne lui fasse perdre un peu pied et déforme son visage.
Qui se transforme soudain en celui de Katerína. Elle me regarde avec une sorte de sourire énigmatique, l’air un peu déçue mais indulgente. Comme si j’étais un enfant qui a commis une petite faute.
— Olivier, mais pourquoi tu es reparti ? Tu sais que je t’attends…
Je me réveille en sursaut.
Je suis sur le balcon de ma chambre. J’ai dû m’assoupir sur la chaise en rentrant de Livádi. Je suis frigorifié. Le temps s’est bien rafraîchi. Il est minuit passé.
Je n’arrive pas à dissiper l’image de mon esprit. Ça doit être un signe. Alors sans plus réfléchir, je décide d’aller chez elle.
Elle habite une villa moderne dans le haut de Livadákia. Je suis déjà allé chez elle. Le soir de cette fameuse soirée à la fin de laquelle elle m’a littéralement sauté dessus.
Lorsque je me gare devant chez elle, on est loin de l’ambiance débridée de la dernière fois. À part sa Smart, il n’y a pas d’autre voiture que la mienne. J’entends vaguement le son d’une télévision et il y a de la lumière. Elle est chez elle et on dirait qu’elle est encore réveillée.
Avant de me défiler une fois de plus, je toque à la porte. Pendant une longue minute, il ne semble y avoir aucune réaction, mais alors que je m’apprête à frapper à nouveau, j’entends un glissement de pas qui s’approchent. La porte s’ouvre.
Katerína se tient dans l’ouverture. Elle porte un pantalon bleu pâle de lin fluide et un T-shirt blanc tout simple. Elle est pieds nus. Loin des tenues sexy et compliquées qu’elle portait en toutes circonstances il y a 3 ans. Comme je l’avais découvert sur Instagram, elle s’est coupé les cheveux assez court et a laissé tomber sa teinture blonde pour un châtain plus naturel avec quelques reflets cuivrés.
Sa mâchoire plutôt carrée et sa grande bouche lui donnent un air de ressemblance avec cette danseuse de Danse avec les stars. Elle est toujours aussi bronzée, mais plutôt du genre sportif/grand air que bain de soleil/monoï. Il y a quelque chose de changé en elle, qui va au-delà de la couleur des cheveux.
Elle me regarde avec une intensité qui m’inquiète un peu, puis s’écarte.
— Entre, puisque tu es là.
Je ne sais pas trop comment interpréter le ton de sa voix. Je crois déceler une pointe d’agacement, une certaine résignation et il me semble tout de même un peu d’intérêt.
Je la suis dans son salon. Elle était en train de regarder une série. L’image est en pause. Un verre de vin blanc est posé sur la table basse. La bouteille dans le rafraîchisseur a l’air bien entamée.
— Je t’ai vu tout à l’heure devant le café. Pourquoi tu n’es pas entré ? Tu as peur de moi ?
Je souris, un peu gêné d’avoir été pris en faute.
— C’est un peu ça… J’avais tort de m’inquiéter ? Tu n’as pas l’intention de m’arracher les yeux ?
Elle hésite.
— Plus maintenant.
Elle esquisse un léger sourire, un rien désabusé.
— Je savais que tu étais de retour. Rien ne reste secret très longtemps sur cette île.
Elle se lève pour attraper un deuxième verre qu’elle remplit avant de me le tendre. Elle se tient debout devant moi et me regarde droit dans les yeux.
— Stin ygeía mas !
Je soutiens son regard pendant que nous trinquons.
— Tu as vu Eléni ?
Elle a dit ça l’air de ne pas y penser, mais je sens que sa question est lourde de sens.
— Non. C’est pour toi que je suis revenu.
Ça m’est sorti comme ça. Sans vraiment le vouloir. Mais je suis content de l’avoir dit.
Je vois ses sourcils qui se lèvent. Sa bouche qui s’entrouvre de surprise. Puis le large sourire qui illumine son visage et ses yeux qui se plissent de bonheur.
Elle pose la main sur ma joue, dans un geste d’une douceur infinie.
— Tu m’as manqué.
Elle pose la tête sur mon épaule. Je la prends par la taille.
— Toi aussi. Je n‘ai pensé qu’à toi depuis des mois.
Elle se redresse et me dévisage, comme pour décider si je n’ai dit ça que pour lui faire plaisir, sans le penser vraiment.
— Agápi mou…
Elle me dit ces mots tendres avec une telle intensité mêlée de tristesse que j’en suis bouleversé. Elle attrape mon verre et le pose sur la table avec le sien.
Puis elle me prend par la main et m’entraîne vers l’escalier qui mène à sa chambre. Comme c’est l’habitude dans les Cyclades, son grand lit est posé sur une base en béton enduit. Elle se retourne vers moi avant de retirer son T-shirt, son pantalon et sa culotte. Elle est entièrement nue. Toujours aussi fine et musclée. Une rangée d’abdos se dessine sous sa peau.
Elle s’avance et je sens qu’elle va s’agenouiller devant moi comme l’autre fois. Mais je ne veux pas recommencer comme avant. Ce schéma où je reste habillé en position dominante, pendant qu’elle se tient à genoux et me prend dans sa bouche, ce n’est plus ce que je veux.
Je l’arrête de la main. Je me déshabille à mon tour avant de m’étendre sur le lit, puis lui fais signe de me rejoindre.
Elle s’allonge sur moi et je sens ses seins contre ma poitrine, pendant que son bassin se presse contre le mien.
Je lui prends le visage dans les mains et je répète ces mots qu’Eléni m’a dit si souvent.
— Agápi mou…