C’est assez surprenant la façon dont je me suis immédiatement senti à l’aise avec Katerína.
Après tout, même s’il y avait toujours eu un petit jeu de séduction entre nous, nous ne nous étions chopés qu’une seule fois, à la fin de cette soirée mémorable chez elle. Et encore, ça s’était limité à une pipe. D’anthologie certes, mais le tout n’avait pas duré plus de 10 minutes.
Mais là, nous avons baisé toute la nuit. Sans que ça ne devienne une performance sportive. Simplement parce que nous en avions clairement envie. Parce qu’à chaque fois qu’un but était marqué, l’autre remettait rapidement la balle au centre pour reprendre la partie.
Nous avions tout le temps, alors nous avons pris notre temps. Nous avons attendu l’autre. Nous avons exploré chaque centimètre de nos corps. Avec douceur et générosité souvent. Avec passion et frénésie aussi parfois. C’était gai et sérieux à la fois. Une sorte de cérémonie joyeuse.
Avec entrain, nous avons testé toutes les variations et permutations possibles entre 2 corps. Nous avons essayé tous les orifices et toutes les zones érogènes imaginables, quitte à en inventer de nouvelles pour donner du plaisir à l’autre.
Je n’en reviens pas de cet étrange mélange de découverte et de familiarité. Tout en elle devrait être nouveau pour moi, mais en même temps, rien ne me surprend. Ça ne ressemble à rien que j’ai connu auparavant.
Avant, lorsque je la rencontrais et qu’elle m’allumait sans vergogne, je n’avais jamais considéré qu’il pourrait y avoir une vraie relation entre nous. Elle était bandante, je la désirais, mais je m’imaginais tout au plus un coup d’un soir. Et encore, seulement si ça pouvait rester secret, car je ne me voyais pas assumer d’être vu avec elle.
Sans compter qu’il y avait quelque chose en elle qui m’inquiétait. Elle me semblait trop intense. Comme une grenade dégoupillée capable d’exploser à tout moment, en détruisant tout ce qui se trouve autour d’elle.
Mais maintenant, je la trouve au contraire apaisée. Sereine. Alors soit elle a beaucoup changé pendant ces 3 années, soit elle jouait un rôle pour la galerie et le masque est tombé. Peut-être un peu des deux. Et les ennuis qu’elle a eus après avoir allumé l’incendie l’ont sans doute calmée.
Lorsque le jour s’est levé et que la fatigue a eu raison de nous, nous avons baissé les armes et conclu une trêve. Après quelques heures de sommeil, Katerína nous a préparé un petit-déjeuner à la grecque que nous avons dévorés nus sur sa terrasse, avec la vue sur le port.
Il fait un magnifique temps d’arrière-été. L’équinoxe de septembre ne s’est heureusement pas accompagné d’un changement de temps.
Cette nuit, pendant l’un de nos rares moments de répit, elle m’a demandé de lui expliquer ce que je voulais dire lorsque je lui ai annoncé que c’était pour elle que j’étais revenu. J’ai essayé de lui répondre le plus clairement et sincèrement possible, même si ce n’est pas si facile à exprimer d’une façon intelligible.
Je lui ai raconté mes rêves, ce qui l’a fait rire. Elle a rétorqué que j’étais devenu un vrai grec, à tenter d’interpréter les songes ou de leur accorder un pouvoir prémonitoire. Mais elle a tout de même ajouté que c’était clairement un signe. Que c’était le destin.
Katerína m’a aussi avoué qu’elle avait souvent pensé à moi depuis que j’étais parti. D’abord avec colère et ressentiment, puis avec une certaine nostalgie. La nostalgie de ce qui aurait pu être si les choses s’étaient passées autrement. Elle ne l’a pas dit, mais j’ai compris qu’elle voulait surtout dire « si Eléni n’avait pas été là ». Elle n’en a pas parlé, mais je sens qu’il existe toujours sous la surface une certaine tension avec sa sœur.
Elle a ajouté qu’elle avait fait un travail sur elle-même et remis sa vie un peu en ordre. J’ai compris à demi-mot qu’elle sortait moins, buvait plus raisonnablement et ne couchait plus à droite et à gauche. On dirait qu’elle n’a plus rien à prouver à qui que ce soit, et surtout pas à sa sœur.
Pendant que je savoure un bol de yaourt grec arrosé de miel, je lui raconte l’épisode avec Giórgos et ma crainte qu’il ne soit toujours aussi remonté contre moi. Elle esquisse une grimace qui veut bien dire que c’est sans doute bien le cas.
— C’est sûr qu’il ne partira jamais en vacances avec toi. Il a accepté de ne pas porter plainte contre toi et de tourner la page pour qu’Eléni reste avec lui, mais il ne va jamais te pardonner. C’est une question d’honneur et, en bon macho grec, c’est la seule chose qui compte vraiment pour lui. Comme il est prudent et malin, il ne va pas s’attaquer à toi en public. Mais évite de te retrouver seul avec lui dans un coin sombre.
Ces paroles ne me tranquillisent pas vraiment, mais, en même temps, ce n’est pas vraiment une révélation. Elle ne fait que confirmer ce que je craignais. Même si Dimítrios semblait plus optimiste, en tout cas s’il n’a pas embelli le tableau uniquement pour me faire plaisir, je pense que c’est plutôt elle qui a raison.
Mais, comme l’a remarqué Katerína au sujet de l’interprétation de mes rêves, je dois avoir bien assimilé le fatalisme grec, car je me dis que ça ne sert à rien de me faire du mouron à ce sujet. Je ne peux rien y faire, alors je verrai bien ce qui se passera.
Je lui parle aussi de mes visites à Kallítsos et de mes projets immobiliers. Et elle m’écoute avec beaucoup d’intérêt quand je lui décris ce que j’ai en tête. Redonner une nouvelle vie au village. Proposer un endroit original aux touristes qui recherchent autre chose qu’un hôtel standardisé semblable à tous les autres et des plages remplies de chaises longues et de parasols. Un lieu authentique. Et aussi en faire le point central de l’île pour les randonneurs. Celui d’où partiraient plusieurs sentiers. Qu’il faudrait bien sûr réaménager et baliser pour les rendre à nouveau praticables. Et même refaire le chemin qui descend vers la plage de Kéntarchos.
Elle sourit en me voyant m’enthousiasmer. Me dit que c’est une bonne idée. Qu’il y a vraiment un coup à jouer. Qu’elle serait ravie de me donner un coup de main si je le souhaite. Je ne la vois pas trop faire le ménage et laver les draps des locataires, mais à ce stade, toute aide est la bienvenue.
— Tu sais, je me disais justement qu’il manquait un café ou une taverne de ce côté de l’île. Azure marche bien maintenant et ça roule tout seul. L’équipe est bien rodée et je n’ai plus grand-chose à y faire. Du coup, je m’ennuie un peu. Ce serait l’occasion.
C’est sûr que ce serait un grand plus qu’il y ait un établissement public dans le village. Ça attirerait du monde. Ça rendrait le coin plus attrayant et les locataires pourraient y prendre des repas sans se taper une demi-heure de route.
Elle pose la main sur la mienne et me regarde avec les yeux qui brillent un peu.
— Je sais que c’est vraiment trop tôt pour faire des projets d’avenir. Mais j’ai vraiment envie de tenter cette aventure avec toi.
Je suis d’accord que tout ça va sans doute trop vite, qu’il vaudrait sans doute mieux ne pas mélanger les affaires de cœur avec le business, mais en même temps, après cette nuit magique, je suis confiant et je me sens pousser des ailes.
Je serre sa main entre les miennes.
— Magnifique ! Quand est-ce que tu peux commencer ? Tu préfères peindre des murs au rouleau ou poncer des volets ? En tout cas, tu peux annuler tes cours de fitness : tu n’en auras plus besoin.