J’ai acheté les 3 lots.
Je me réserve la plus grande des maisons, qui est aussi celle qui est en en meilleur état et que je peux habiter immédiatement, et je vais retaper les 2 autres.
Dimítrios m’a bien aidé à accélérer les discussions avec l’agence et les propriétaires. Kóstas n’était pas forcément enchanté d’avoir un gars du coin dans les pattes, car ça l’empêchait de m’embobiner comme un vulgaire étranger. Mais je crois qu’il est tout de même satisfait d’avoir vendu ces maisons qui lui restaient sur les bras depuis plus d’un an.
Évidemment, Katerína est venue les visiter. Elle connait bien l’état de délabrement de ces villages à moitié abandonnés et n’a pas été trop surprise. De là à dire qu’elle a été enchantée par ce qu’elle a vu, il y a tout de même une différence. Elle avait plutôt l’air accablée par les travaux à effectuer.
En ce qui concerne celle où je compte m’installer, j’ai bien vu qu’elle aurait préféré une villa moderne, mais elle a fait comme si elle la trouvait à son goût. Elle n’est pas vraiment sensible au charme bobo de l’ancien et du biscornu. Comme la plupart des Grecs, elle préfère le neuf et le carré. Elle rêve de piscine, d’air conditionné et d’électroménager. Mais, malgré ses réserves, elle a tout de même tenu à étrenner le lit lors de sa visite. Elle a ensuite déclaré que la maison dégageait de bonnes ondes, alors j’ai considéré ça comme une approbation.
Il a fallu aller à Milos au début octobre pour trouver un notaire, car il n’y en a plus sur l’île depuis le départ à la retraite de celle qui avait officié pour l’achat de ma maison. Ce n’était pas simple, car il fallait combiner la vente de la mienne et l’achat des 3 autres, avec autant de vendeurs différents. Heureusement, on avait bien préparé les contrats en amont et Kóstas avait des procurations des propriétaires, parce que je n’ose pas imaginer la difficulté de faire venir à Milos 3 petits vieux qui ne parlent rien d’autre que le grec et qui ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe.
Katerína est venue à Milos avec moi et nous en avons profité pour nous accorder une nuit dans un bel hôtel. J’avais passé les dernières nuits chez elle, à l’exception d’un jour où j’ai demandé grâce pour permettre à mon corps de se remettre un peu du marathon de sexe auquel Katerína l’avait soumis.
Une fois l’achat conclu, j’ai demandé à Samir de passer évaluer les travaux nécessaires. Samir, c’est l’Albanais qui s’occupe de ma maison depuis le début. Il n’avait pas grand-chose à faire, puisqu’elle était neuve quand nous l’avons achetée, mais il entretenait le jardin et passait de temps en temps en notre absence pour s’assurer que tout allait bien.
Ça doit faire une bonne vingtaine d’années qu’il a débarqué sur l’île sans un sou et, à force de travail et de privations, il a monté sa petite boite de construction et de rénovation. Il n’en fait un peu qu’à sa tête mais il est sérieux et fiable. Et comme il sait que je suis architecte, il ne me raconte pas trop de bobards et a l’habitude de trouver des solutions bon marché, avec des matériaux de récupération ou d’occasion. Compte tenu de mon budget hyper serré, c’est exactement ce qu’il me faut. En plus, je sais qu’il n’apprécie pas trop Giórgos, ce qui en fait un allié utile.
Le boom estival, quand les propriétaires viennent passer le mois d’août et demandent tous des travaux en urgence, est derrière nous, alors Samir est plus disponible et pourrait commencer rapidement. Et quand je lui ai dit que je voulais une rénovation rapide et peu coûteuse, il était plutôt content d’avoir un projet sans prise de tête, ni décoratrice d’intérieur qui vient mettre son nez. Il faut dire qu’il est un peu brut de décoffrage et que ce n’est pas le genre à s’intéresser à la déco ou aux détails des finitions. Il ne faut pas lui demander des choses trop compliquées, mais pour toutes les techniques traditionnelles, ça va très bien.
On s’est concentrés sur les 2 plus petites maisons, celles que je compte louer. Il a été ravi de constater que chaque maison avait déjà son compteur électrique et qu’il était encore actif. Apparemment, je devrais remercier le ciel car sinon, il faudrait des démarches interminables pour les obtenir.
Il a fait le tour en griffonnant des notes sur son carnet, puis m’a dressé une liste approximative des travaux indispensables. Il y a des petites différences d’état entre les deux maisons, mais en gros, il n’y a pas grand-chose à conserver, même si les structures semblent heureusement solides.
Entre l’étanchéité des toits, le traitement contre l’humidité dans les murs, la plomberie et l’électricité à refaire complétement, la salle de bains et la cuisine à mettre au goût du jour, un nouveau revêtement de sol pour remplacer le carrelage immonde, la fosse septique à vider, la climatisation à installer et la peinture intérieure et extérieure, il y en a pour des mois de travail et un sacré paquet de fric. Il va falloir faire des choix. Heureusement que j’ai l’habitude de gérer des chantiers et que je n’ai pas peur de mettre la main à la pâte. Mais j’ai tout de même l’impression que je me suis embarqué dans une sacrée galère.
J’ai rendu ma chambre à l’hôtel pour m’installer à Kallítsos. Même si elle est tout à fait habitable, la maison est encombrée par tout un bric-à-brac d’objets divers sur un vague thème nautique. Je ne veux pas tout jeter, mais il va tout de même falloir faire un tri sévère à la Marie Kondō et aller acheter quelques meubles à Athènes.
Il faut attendre quelques jours avant le début des travaux, le temps que Samir s’organise, et j’en profite pour visiter le village de fond en comble. La plupart des maisons ont l’air inhabitées, mais il y en a tout de même une dizaine qui montrent des signes de vie. J’entends parfois de la musique ou des bruits ménagers et je sens des odeurs de cuisine aux heures des repas, mais je ne croise personne à part quelque chats. Il y a pourtant une bonne douzaine de voitures et de motos stationnées le long de la route. Une fois, le soir venu, j’ai compté les lumières qui s’allument et mon estimation semble correcte.
En fouillant sur internet, je découvre aussi qu’il y a 2 maisons en location sur des sites genre Airbnb et, après quelques recherches, je les retrouve assez facilement. Elles sont un peu plus pimpantes que les autres et une pancarte affiche fièrement leur nom sur la porte d’entrée. Sunrise View et Anatolí House. Rien de très original et clairement orienté sur les étrangers. Mais il faudra tout de même que je contacte leurs propriétaires pour voir si nous ne pourrions pas nous unir pour attirer du monde.
Je passe aussi une bonne demi-journée à essayer de descendre à la plage de Kéntarchos par le chemin qui est censé y mener. Il part du bas du village. Le début est relativement praticable, mais, après une centaine de mètres, une fois arrivé à une ancienne fontaine désaffectée, il se perd dans un enchevêtrement de fourrés impénétrables. Il faut dire que le sentier suit le fond du ravin, où coule l’eau qui descend de la montagne en cas de pluie. Alors, s’il y a un endroit où la végétation peut se développer hors de contrôle, c’est bien là.
Il figure pourtant sur plusieurs sites de randonnée et sur la carte des chemins pédestres de l’île. Mais, après avoir cherché en vain un moyen de contourner le massif de fourrés pour le rejoindre plus bas, je dois me rendre à l’évidence : n’ayant pas été entretenu, le sentier a disparu au fil du temps.
Il va falloir y aller à grand coups de débroussailleuse et de tronçonneuse pour le rendre à nouveau accessible. Rien d’impossible, mais ça ne sert à rien de s’en occuper maintenant. Il vaut mieux s’y attaquer après la mauvaise saison pour ne pas devoir tout recommencer au printemps.
Pendant ces quelques jours, je vérifie également l’état des autres itinéraires de randonnée qui passent par Kallítsos. Pour la plupart, je les ai parcourus lors de mon premier séjour. Ils n’étaient déjà pas en très bon état à l’époque, alors j’imaginais que la situation ne s’était pas améliorée depuis. Et effectivement, on distingue difficilement le passage, car ils sont bien encombrés par la végétation ou ravinés par les coulées lors des pluies. Il faudrait également en refaire le marquage. C’est bien beau d’envoyer des touristes crapahuter dans les collines, mais encore faut-il qu’ils ne se perdent pas en chemin.
Malgré le travail que cela va demander, ça ne semble pas insurmontable et je sens que mon projet de faire de Kallítsos un hub pour les randonneurs tient la route.
En attendant le début des travaux, je suis resté la plupart du temps sur place, à part quelques incursions rapides au supermarché pour faire le plein de vivres. Je voulais m’imprégner du lieu et en explorer tous les recoins pour me l’approprier. Je suis resté d’autant plus facilement à l’écart du port que Katerína est revenue plusieurs fois passer la nuit et tester avec enthousiasme tous les endroits où on pouvait faire l’amour.
Mais je voulais aussi éviter de passer trop de temps en ville. Je ne tenais pas à croiser Giórgos. Ni Eléni, d’ailleurs. Il va pourtant bien falloir. Depuis le temps, elle doit bien savoir que je suis revenu. Et maintenant que cette relation avec Katerína semble partie pour durer, je ne vais pas couper à une rencontre.
Je vais devoir affronter cette situation, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne me réjouit pas.